Quels sont les principaux enjeux qui conditionnent l’avenir de la pêche finistérienne ? Trois acteurs historiques de la filière s’expriment. Propos choisis.

Patrick Dufour, directeur général du Crédit Maritime Bretagne-Normandie

« Le Crédit Maritime Bretagne Normandie (200 salariés et 30 agences dans le Finistère) est un acteur largement majoritaire dans le financement de l’activité (80% des encours) même si celle-ci est moins prégnante puisque qu’elle ne constitue désormais que 15% du total de nos encours. Nous sommes proches de la pêche artisanale du fait de nos relations historiques avec le milieu coopératif maritime. Dans la construction de son avenir, cette filière doit mieux se structurer et intégrer davantage la valorisation du poisson (produit frais, noble, de qualité, non pollué…). Si la partie production de la filière parvenait à valoriser en moyenne 10% de plus, la problématique du renouvellement de la flottille n’existerait plus. Il faut commencer par faire en sorte que le modèle économique de l’investissement dans un bateau soit viable. L’idée est de trouver, dans une logique de rentabilité, une solution permettant de compenser le manque d’autofinancement. Nous travaillons à la création d’un fonds d’investissement, essentiellement à destination des chalutiers hauturiers (20% de la flotte, 80% de la pêche) en lien avec les chantiers navals et les industriels de la transformation. Le fonds serait piloté par le Crédit Maritime et le Crédit Mutuel en association avec la filière maritime. Le montant envisagé est de 5 à 10 millions d’euros, sachant qu’un chalutier hauturier neuf coûte entre 2,5 et 3 M€. Notre ambition est d’amorcer le modèle et de l’accompagner ».

Soazig Le Gall-Palmer, dirigeante de l’Armement Bigouden

« La consommation d’énergie représente environ un tiers de nos coûts de production au lieu de 10% quand j’ai débuté. Le prix moyen du poisson baisse régulièrement depuis quelques années. Il est de plus très volatil, notamment à cause des importations qui constituent 80% du poisson consommé en France. Résultat : notre chiffre d’affaires reste stable alors que notre production augmente. Il nous manque 50 centimes du kilo. Sinon, je ne vous parlerais même pas de tout cela ! En termes de gestions des ressources humaines, nous faisons le maximum. Le carburant n’est pas totalement mis sur le fonds commun. Nous prenons en compte la moitié des charges salariales, ce qui représente pour les marins l’équivalent d’un 13e mois. Nous avons créé un dispositif de prévoyance obligatoire ».

Yves Glehen, patron du chantier naval Pierre Glehen et fils

« La mondialisation du marché des produits de la mer tire vers le bas les prix du poisson. Nous sommes sur la corde raide. Depuis que l’entreprise existe, nous avons construit près de 500 bateaux de pêche. Les bonnes années, le rythme était de 4 à 5 par an. Avant le Bara ar vicher (février 2012) livré à l’Armement Bigouden, nous étions restés six ans sans la moindre commande de bateau de pêche. Et aujourd’hui, il n’y a rien à l’horizon. La moyenne d’âge des navires est de 25 ans, celle des patrons de 48 ans. Un jeune qui achète un bateau de 20 à 30 ans à bout de souffle travaille pour payer l’entretien de son navire. Le bateau d’occasion ne permet pas de mettre de l’argent de côté. Malheureusement, le Bara ar vicher constitue plutôt une exception dans le paysage ».

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