Quel avenir pour les métiers de la pêche ? Réponses avisées de Robert Bouguéon, président de l’association Pesca, vouée au développement, à la promotion et à la diversification de la filière pêche en Finistère.

Comment avez-vous vécu personnellement l’évolution de la pêche ?

J’ai commencé ma carrière en 1966 à bord du « Spirou » ; c’était un chalutier thonier. Il n’y avait pas beaucoup de confort à bord, mais c’était quand même un joli métier. La preuve : il y avait beaucoup de jeunes qui embarquaient. C’est un métier de passion. Il faut aimer. On ne peut pas tricher.

Quand j’étais au lycée maritime du Guilvinec, on allait sur des yoles à la rencontre des marins qui rentraient au port. Dans les années 80, les premiers bateaux pêche arrière sont arrivés. Ce n’était plus du tout la même chose. Il y a avait une cuisine, un frigo, un congélateur, une douche…

Que pensez-vous du développement de la pêche côtière ?

La bolinche est un métier rémunérateur. Mais cela reste un métier de marin. Les conditions de travail ne sont pas les mêmes qu’à mon époque, c’est évident. Les conditions de travail de la pêche côtière se sont adaptées aux jeunes, aux nouveaux modes de vie.

Ce développement nuit-il à la pêche hauturière ?

Je crois sincèrement que la pêche hauturière peut être rémunératrice et attirer les jeunes. On est juste en nombre de bateaux. Je suis d’un naturel optimiste, mais là nous atteignons un seuil critique. On ne peut pas aller au-delà, c’est certain. Mais je pense que l’on peut redémarrer.

La construction de navires neufs constitue-t-elle la bonne solution ?

Il a toujours existé des creux dans le milieu de la pêche. Quand j’ai commencé, pendant l’hiver, on vivotait. Parce que nous n’avions pas les bateaux adaptés aux métiers que l’on faisait. On gagnait notre vie en été mais il y a toujours eu des hauts et des bas. Aujourd’hui, on est au fond, il faut bien le dire, mais on peut remonter ! Il faut des bateaux, il faut du poisson et il faut des hommes. La ressource est là, et cela est très important. A partir du moment où la ressource est présente, on peut espérer redémarrer.

Peut-on encore bien gagner sa vie en mer ?

Il faut redonner goût aux jeunes. On peut encore gagner très correctement sa vie dans la pêche, s’y épanouir et prendre des responsabilités. Il faut changer l’image de la profession. On voit des jeunes qui ont envie d’embarquer sans être issus de familles de pêcheurs. C’est encourageant. S’il y a plusieurs jeunes qui sont en capacité de prendre la barre d’un bateau neuf, de redémarrer la pêche hauturière, ils vont en attirer d’autres. Le lycée maritime du Guilvinec joue un rôle important. On y rencontre des jeunes d’une vingtaine d’années qui possèdent un niveau scolaire élevé et commencent à prendre la barre des bateaux !

Dans ce contexte, quel est votre message clef ?

Ne rien lâcher ! D’autant plus qu’il y a de la ressource. Le poids économique de la pêche en Cornouaille, c’est aujourd’hui 2 000 marins, 9 000 emplois directs et indirects. La pêche demeure l’un des piliers de l’économie finistérienne. Les politiques devraient s’intéresser beaucoup plus à ce métier rémunérateur qui contribue au fonctionnement de l’économie de notre territoire. Un marin en mer, c’est 4,4 emplois en moyenne à terre. C’est énorme ! De plus, il s’agit d’une économie en mouvement. Les marins ont déjà fait des efforts importants en termes d’enjeux écologiques et de sélectivité. De même, la pêche est porteuse d’évolutions et d’innovations technologiques.

Quel est le bilan de l’action de Pesca ?

L’association Pesca, qui réunit une trentaine d’acteurs de la filière pêche finistérienne, a pour mission de porter et d’animer – en appui au Comité départemental des pêches – des projets au service du développement de cette activité économique majeure. Pesca est devenue en 2008 la structure porteuse en Cornouaille de l’Axe 4 du Fonds Européen pour la Pêche dont l’objectif est d’accompagner le développement durable des territoires maritimes et de leurs filières pêche et aquaculture. Ses objectifs étaient de promouvoir les métiers, les ressources maritimes de Cornouaille et de faire du lien entre les acteurs, les activités de la terre et de la mer.

Dans ce cadre, Pesca accompagne aujourd’hui l’Association de promotion de l’économie, des métiers et des entreprises dans la création du Webzine de l’économie et de sa rubrique consacrée aux métiers de la mer, ainsi que sa déclinaison papier. Outre le soutien financier permis par les fonds européens, Pesca a – par son réseau d’acteurs impliqués – activement participé à la construction de l’architecture du projet Webzine.

L’enjeu aujourd’hui pour Pesca est de pérenniser les pistes lancées jusqu’à aujourd’hui, au-delà du FEP, notamment autour de la promotion des métiers et des formations. Il s’agit pour nous de faire du lien au sein de la filière et sur tout le Finistère.  

La prochaine programmation européenne donnera un nouvel élan à l’initiative de l’Axe 4 du FEP, en encourageant sa diffusion à tout le littoral breton.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Anti-Spam Quiz: